Jean-Paul Gasparian en toute complicité
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Le pianiste Jean-Paul Gasparian allie une grande finesse intellectuelle à une sensibilité qu’il transmet à ses interprétations toujours marquées du sceau de l’imagination et de l’intelligence. Ces qualités se prêteront tout particulièrement aux œuvres d’une belle diversité dont il se fera le passeur en juin lors de deux concerts parisiens.
Reconnu comme l’un des artistes les plus intéressants de la nouvelle génération, formé aux meilleures sources (parents musiciens, CNSMD de Paris, enseignement auprès de la grande Elisso Virsaladze entre autres), Jean-Paul Gasparian occupe aujourd’hui une place de premier plan dans le monde musical. Nommé en 2021 aux Victoires de la Musique classique dans la catégorie « Soliste instrumental », il mène désormais une carrière unanimement saluée en France et à l’étranger comme le sont ses enregistrements, en particulier son dernier CD en 2024 intitulé « Origins » sur le répertoire arménien pour clavier. Le temps est maintenant révolu où, Premier Prix de philosophie au Concours général des lycées, il aurait pu choisir une autre voie royale auprès de son maître, le professeur Alain Badiou.
En guise d’aubade
Il sera au cœur d’un concert exceptionnel à La Seine Musicale où le ballet Aubade de Francis Poulenc est ici représenté pour la première fois depuis la création avec piano, orchestre et danseurs en 1929 : « Il s’agit d’une commande faite par Marie-Laure de Noailles pour être donnée en privé dans la configuration prévue. Dans le cadre du programme intitulé « Eroica » à la Seine Musicale, il a été envisagé une reconstitution imaginaire du ballet à partir d’un travail de recherche s’appuyant sur les photographies de l’époque. Il s’agit de ressusciter en quelque sorte ce qu’avait été la chorégraphie des origines de Bronislava Nijinska, car celle reprise par Balanchine quelque temps plus tard au Théâtre des Champs-Elysées n’eut pas la caution de Poulenc. Aujourd’hui, on ne connaît plus que la version pour piano et orchestre jouée par Gould de manière humoristique, ou encore par Richter qui l’a enregistrée. Je serai placé devant les danseurs de la Compagnie Musagète et accompagné par dix-huit musiciens dirigés par Marc Korovitch. La scénographie est semblable à celle de L’Histoire du Soldat de Stravinski ou Les Oiseaux exotiques de Messiaen. » Cette partition kaléidoscopique conçue dans le style du XVIIIe siècle et souvent présentée comme légère est, pour Jean-Paul Gasparian, beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît : « Dans les huit mouvements, on retrouve le côté charmeur et gracieux du compositeur avec une certaine impertinence, mais l’argument qui évoque le mythe de Diane où l’amour ravit la pureté est beaucoup plus tragique. Après une intervention instrumentale, le piano joue une cadence de trois pages en forme de toccata, ce qui est inhabituel. Aubade représente bien la musique de ces années dites Folles avec des pastiches, bien qu’il y ait des moments rugueux et des dissonances à la manière de Stravinski. L’élégance et la violence cohabitent dans les différentes sections mais aussi la gravité et même le côté mystique du futur Poulenc dans le mouvement final.
Avec convivialité
Changement de perspective quelques jours plus tard pour Jean-Paul Gasparian qui se retrouvera Salle Cortot avec des amis musiciens pour la sortie du disque d’Iris Daverio, flûtiste supersoliste de l’Opéra de Paris. Il s’agit d’explorer tout un pan de la musique française du début du XXe siècle sur le thème « Les Amoureux en bleu » d’après le monde poétique de Chagall : « Je serai avec une dizaine d’amis musiciens qui ont participé à la réalisation du premier CD d’Iris, avec en point d’orgue le Sextuor pour flûte, hautbois, clarinette, cor, basson et piano de Poulenc, mais il y aura aussi des curiosités comme les Trois petites pièces pour flûte et piano d’Augusta Holmès, les Trois aquarelles pour flûte, violoncelle et piano de Philippe Gaubert, ou encore la Sonatine pour flûte et piano de Dutilleux. Nous reprendrons peu ou prou le même programme le 31 juillet à Plouescat dans le Finistère Nord. »
Jean-Paul a gardé de ses années d’études une appétence pour la lecture qui ne le quittera jamais, à l’instar de sa passion pour le cinéma. Son emploi du temps très diversifié le conduira cet été au Festival Chopin de Bagatelle où il jouera en récital le 5 juillet des pages du compositeur polonais dans le cadre des Concerts du week-end, mais aussi Debussy et Fauré ; puis on le retrouvera à La Roque d’Anthéron le 11 août dans le Premier Concerto pour piano de Mendelssohn avec le Sinfonia Varsovia. À la fin du mois de septembre paraîtra chez Naïve son sixième album consacré à la transcription d’opéras pour le clavier, un témoignage supplémentaire de sa curiosité sans limite.
Michel Le Naour - publié le 02/06/26