Jean-Frédéric Neuburger retrouve Liszt
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Musicien aux multiples facettes, Jean-Frédéric Neuburger est à l’aise dans tous les répertoires qu’il aborde avec la passion d’un compositeur-interprète sans cesse à la recherche d’expériences nouvelles, y compris dans son approche des œuvres iconiques comme le Premier Concerto pour piano de Liszt dont il sera le soliste à la Cité de la Musique.
À l’aube de la quarantaine, Jean-Frédéric Neuburger a acquis l’âge de la maturité. Adoubé par les plus grands, encouragé par la regrettée Brigitte Engerer alors qu’il était adolescent, autant organiste que pianiste, tenté très tôt par la composition, il s’est fait un nom sans nécessairement brûler les étapes, capable intelligemment de donner du temps au temps. En 2025, il vient d’atteindre le Graal en interprétant le Concerto en la mineur de Schumann à la Philharmonie de Berlin avec la cheffe d’origine ukrainienne Dalia Stasevska qui a conquis dernièrement le public de la Maison de la Radio à la tête du Philhar dans une Cinquième Symphonie de Sibelius d’anthologie. On retrouve Jean-Frédéric en novembre dans l’Auditorium de la Cité de la Musique qu’il connaît bien pour un concert au titre romantique « Liszt, Confidences et passions » autour de George Sand avec ses amis de l’Orchestre Consuelo.
Un regard neuf sur le Premier Concerto de Liszt
« J’ai mis un certain temps avant d’apprivoiser Franz Liszt car je le considérais à tort comme un compositeur un peu superficiel volontiers tenté par la virtuosité, et j’entretenais en général un rapport de défiance avec son œuvre. En revanche, j’ai toujours admiré Chopin qui parle en poète et me paraissait à l’époque plus proche de mes aspirations. J’avais d’ailleurs enregistré en 2003 ses 27 Études pour le label DiscAuvers de Pascal Escande. Depuis, mon avis a évolué et j’ai compris que l’inspiration de Liszt est en quête de grandeur comme celle de Berlioz et me paraît maintenant inventive et riche de potentialité à l’image de la Sonate en si mineur. Chopin est un poète et Liszt participe davantage du roman par son approche narrative et personnelle, tandis que Chopin rejoindrait davantage l’esprit de Rimbaud ou de Tristan Corbière. » Jean-Frédéric a souvent remis sur le métier le Concerto n° 1 en mi bémol majeur de Liszt qu’il n’a cessé de marquer du sceau de l’imagination et, à la Cité de la Musique, sa collaboration avec Victor Julien-Laferrière est une nouvelle invitation au voyage : « Je retrouverai avec plaisir l’Orchestre Consuelo et son chef Victor Julien-Laferrière avec lequel j’ai souvent travaillé. Les musiciens sont très engagés et l’ambiance qui règne dans cet Ensemble propice à une réflexion en profondeur. Dans le concerto, chaque pupitre est partie prenante car il s’agit d’une symphonie dans laquelle le piano est soliste, mais échange avec la flûte, le violon solo comme s’il s’agissait d’un concerto de chambre. Avec les mouvements enchaînés, la forme paraît très novatrice et, finalement, assez proche de la conception ultérieure du Concerto en sol de Ravel. J’hésite encore sur le choix du piano qui sera soit un Erard, soit un Pleyel de la fin du XIXe siècle. La balance est différente par rapport à un Steinway ou un Bösendorfer, mais le volume sonore surprend par sa projection. Les trilles sont plus articulés, les accents plus incisifs et le rendu plus métallique, mais cette dureté permet aussi d’obtenir un autre son et une qualité très différente pour aborder cette partition.
Des projets à foison
La carrière de soliste de Jean-Frédéric a pris de l’ampleur mais ne lui fait pas oublier sa passion première pour la composition : « Après la Covid j’ai pris un peu de distance et ne me suis remis à composer qu’à la fin de 2022. Plusieurs projets suivent actuellement leur cours comme un Deuxième Trio dont j’avais commencé la composition pour le Trio Karénine et que je compte terminer pour compléter un cycle de trios pour le Trio Wanderer en 2017. D’autre part, j’ai en chantier l’orchestration des Trois Chorals pour orgue de César Franck de l’année 1890, des pièces magiques qui, en tant qu’organiste, me sont particulièrement chères. Évidemment, tout en respectant l’écriture de Franck dont je ne suis pas toujours un admirateur car je trouve son orchestration parfois trop dense comme dans sa Symphonie, j’apporterai ma propre signature avec les bois par trois, des cuivres et un mélange de timbres proche de la musique spectrale qui m’est consubstantielle. » Parmi ses autres projets, plusieurs enregistrements sont prévus avec des découvertes à la clef : « Pour le label Mirare, un coffret de deux CD sera consacré à Schumann et à la pianiste et critique musicale française Juliette Dillon qui est morte à trente ans en 1854 et a composé une œuvre captivante dont Les Contes fantastiques de Hoffmann qui se rapprochent du caractère des Kreisleriana mais aussi du piano français de l’époque et de la musique de Gounod. D’autre part, avec Augustin Dumay et l’Orchestre Philharmonique du Kansai dont il est directeur musical, j’enregistrerai au Japon le Concerto de Schumann. » De telles activités ne lui font cependant pas oublier l’art de la transmission qui lui tient particulièrement à cœur : « Depuis 2010, au CNSMD de Paris j’assure une classe d’accompagnement qui me procure beaucoup de satisfaction par l’échange interactif entretenu avec les élèves. De jeunes pianistes tels Gabriel Duriat ou Gaspard Thomas ont assisté à ces cours, et je me réjouis aujourd’hui de la reconnaissance qu’ils rencontrent dans le milieu musical. »
Michel Le Naour - publié le 02/11/26