Portraits d'artistes - Piano

François-Xavier Poizat Ravélien dans l’âme

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Après un monumental coffret de sept heures de musique sur l’œuvre pour clavier de Ravel paru en 2024, François-Xavier Poizat retrouve en septembre la Salle Cortot dans un programme consacré à des transcriptions pour piano, flûte et voix dues à l’auteur du Boléro et à d’autres compositeurs.

François-Xavier Poizat a longtemps attendu avant de se consacrer pleinement à un projet Ravel qui tenait du défi puisqu’il aura réuni, en octobre 2024, au bout de dix-huit mois de travail, une pléiade de musiciens totalement engagés dans cette entreprise hors norme. Lauréat de nombreux concours internationaux, adoubé par Martha Argerich à l’âge de douze ans, il s’était distingué entre autres en 2011 en obtenant un Prix spécial du jury au Concours Tchaïkovski de Moscou tout en étant finaliste au Concours Clara Haskil de Vevey. Diplômé de l’École de Musique de Genève, de Hambourg et de la Juilliard School de New-York, il a su donner du temps au temps en enregistrant d’abord des compositeurs peu fréquentés tels le Polonais Franz-Xaver Scharwenka ou l’Argentin Alberto Ginastera. Né à Grenoble d’une mère chinoise mais désormais établi en Suisse, notre pianiste s’est forgé un répertoire très vaste en conservant une appétence toute particulière pour l’œuvre de Maurice Ravel : « À l’âge de cinq ans, c’est en écoutant Le Boléro que j’ai éprouvé une sensation très forte pour le compositeur français et, à partir de ce moment-là, il a fait irruption dans ma vie. Au fur et à mesure de mon évolution artistique, je n’ai jamais abandonné l’idée de jouer un jour l’intégrale de l’œuvre de Ravel. Tout chez lui est d’une perfection absolue, sans retouches, en entretenant un lot de mystère aussi bien dans sa vie que dans sa création. » Reconnu aujourd’hui comme l’un des interprètes les plus remarquables du compositeur français, il a dû attendre pour accéder à la reconnaissance malgré un apprentissage effectué auprès de grands maîtres (Evgeni Koroliov à Hambourg, Nelson Goerner à Genève ou Benedetto Lupo à Rome) et des invitations ponctuelles, y compris en France à La Roque d’Anthéron : « Avant la parution de mon intégrale Ravel, je vivais au jour le jour sans perspective de carrière à long terme. Désormais, j’ai atteint une visibilité qui me permet d’envisager des projets de plus longue haleine de cinq à dix ans comme l’enregistrement de l’intégrale Francis Poulenc. Il m’est aussi plus facile de me produire dans les festivals et les salles de concert. Pour l’instant, je me consacre à un CD solo sur des transcriptions des XIXe et XXe siècles avec des compositeurs comme Rachmaninov, ou plus récemment Friedrich Gulda et Kapustin en y apportant ma propre contribution. »

Au nom de la convivialité

La venue de François-Xavier Poizat à la Salle Cortot – un lieu dont il apprécie la qualité de l’acoustique pour y avoir déjà joué – sera à marquer d’une pierre blanche. Son concert est en effet très original : outre la quête à travers des œuvres de son compositeur favori, il y aura d’autres transcriptions et arrangements dont la plupart sont présents sur le nouvel album Ravel Transcriptions (toujours pour le label Aparté), objet de ce concert. Il réunit avec lui des amis musiciens qui lui sont fidèles : « J’entretiens un compagnonnage de tous les instants avec le pianiste Vyacheslav Gryaznov, un génie de la transcription, la flûtiste Héléna Macharel, la soprano Brenda Poupaud et les mezzo-sopranos Véronique Valdès ou Marie-Claude Chappuis avec lesquels je suis en totale synergie. Je voudrais montrer la musique de Ravel dans sa diversité avec les différents styles qu’il a pu aborder tel un kaléidoscope. Outre les rares Trois chansons, pour voix et piano, on entendra Shéhérazade, pour voix, flûte et piano, et la Rapsodie espagnole pour deux pianos. La Sonate posthume pour violon et piano –  une partition de jeunesse éditée après la mort de Ravel, proche du langage de Debussy mais aussi d’un romantisme fauréen – sera transcrite à la flûte, et trois extraits de Daphnis et Chloé pour deux pianos donnés dans l’arrangement de Vyacheslav Gryaznov. » Pour conclure, la transcription du Boléro de Ravel pour deux pianos ne manquera pas de provoquer l’enthousiasme : « C’est un grand spectacle dans l’espace mais qui reste très musical et demande beaucoup d’énergie. Avec Vyacheslav Gryaznov, nous aurons aussi l’occasion d’improviser dans un corps à corps qui ira crescendo jusqu’au climax final. » Gageons que cet artiste complet également amoureux de jazz, de la boxe et des arts martiaux qu’il pratique avec assiduité saura trouver la concentration nécessaire pour déclencher en compagnie de son ami transcripteur un véritable maelström sonore comme récemment en Alsace au Festival de Wissembourg.

Michel Le Naour - publié le 04/09/26

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