Portraits d'artistes - Cordes

Aurélien Pascal chambriste dans l'âme

Aurélien Pascal Partager sur facebook

Soliste recherché, invité à se produire aux côtés de grands orchestres, Aurélien Pascal accorde aussi une place essentielle à la musique de chambre. En octobre, le violoncelliste partagera la scène du Théâtre des Champs-Élysées avec le pianiste Julien Libeer et le clarinettiste Kevin Spagnolo. Ils défendent ensemble un programme où des œuvres incontournables du répertoire côtoient des pages plus rares.

Certaines étapes donnent à une carrière une impulsion nouvelle : des succès qui ouvrent de nouvelles portes, des concerts qui restent en mémoire. Les dernières années n’en ont pas manqué pour Aurélien Pascal : « Le point de départ de ma carrière internationale a été le concours Feuermann à Berlin, dont j’ai remporté le premier prix en 2014, mais les Victoires de la musique en 2023 m’ont apporté une visibilité nouvelle. Du côté des concerts, il y a des souvenirs récents auxquels je suis aussi particulièrement attaché. Je pense notamment à Don Quichotte de Strauss au Teatro Colón de Buenos Aires l’été dernier, ou le Triple Concerto de Beethoven avec l’Orchestre de Paris, Alexandre Kantorow et Liya Petrova en 2022. La création des Rencontres musicales de Nîmes la même année, festival que j’ai cofondé avec ces mêmes musiciens, compte également beaucoup pour moi. » D’une collaboration à l’autre, le violoncelliste brasse avec aisance un vaste répertoire, tout en cultivant une prédilection particulière pour les œuvres romantiques : « Schumann et Schubert sont des compositeurs auxquels je suis particulièrement attaché. Mais j’aime également énormément le répertoire postromantique et celui du XXe siècle, avec des compositeurs comme Prokofiev ou Strauss. En réalité, il y a tellement de choses passionnantes qu’il serait difficile pour moi de définir mon répertoire de prédilection. Avec les années, mes affinités musicales restent sensiblement les mêmes mais mes choix d’interprétation, les libertés que je peux prendre et ma façon d’aborder les œuvres évoluent toujours. » Une autre passion demeure, celle de la musique de chambre : « Pour moi, les projets chambristes sont profondément complémentaires de la vie de soliste. Jouer avec d’autres instrumentistes permet de découvrir d’autres manières de penser et d’exprimer la musique, avec les possibilités propres à chaque instrument. Me confronter à des approches différentes de la mienne, mais tout aussi sincères et authentiques, enrichissent mon jeu. Sans compter l’immensité du répertoire et la diversité des formations, qui offrent sans cesse de nouvelles choses à découvrir et à apprendre. » Il faut dire que pour Aurélien Pascal, la musique de chambre est affaire de famille. Fils du pianiste Denis Pascal et frère du violoniste Alexandre Pascal, il les retrouve régulièrement sur scène au sein du Trio Pascal : « Jouer ensemble s’est toujours fait très spontanément. Cette manière de communiquer est presque devenue pour nous une seconde langue maternelle. Mais la complicité qu’on peut avoir ne dispense en rien du travail : il faut répéter autant qu’avec n’importe quel autre partenaire, et il n’existe aucun raccourci lorsqu’il s’agit de faire des choix musicaux. C’est plutôt une forme de compréhension instinctive qui donne une couleur particulière à notre relation artistique. Pour le public, voir trois membres d’une même famille réunis sur scène peut avoir quelque chose d’assez exceptionnel ; pour nous, une fois en concert, nous sommes avant tout des musiciens qui dialoguent et construisent ensemble, comme dans toute formation de musique de chambre. »

Jeu de contrastes

Au Théâtre des Champs-Élysées, le violoncelliste se produit aux côtés du pianiste Julien Libeer et du clarinettiste Kevin Spagnolo. Une première : « J’avais déjà joué séparément avec chacun de mes partenaires, mais jamais avec les deux réunis. Ce sont des artistes exceptionnels que l’on a finalement assez peu l’occasion d’entendre en France. Leur présence donne donc à ce rendez-vous une importance particulière. » Le programme s’est élaboré au gré de leurs envies communes, associant quelques pièces célèbres à du répertoire moins souvent donné : « Avec Julien, nous avions donné un récital à Bombay l’année dernière, au cours duquel nous avions joué la Sonate n° 3 de Beethoven. Nous nous étions très bien entendus dans ce répertoire et il était donc assez naturel de la reprendre. J’avais par ailleurs envie, depuis longtemps, de jouer le Trio pour clarinette, violoncelle et piano op. 3 de Zemlinsky. C’est une œuvre qui me fascine, notamment parce qu’elle ne ressemble à aucune autre pièce écrite pour cette formation. » La Sonate op 120 n° 2 pour clarinette et piano de Brahms et le Prélude n° 1 BWV 846, extrait du Clavier bien tempéré, complètent le programme. De quoi jouer sur une large palette de couleurs : « Les atmosphères sont assez différentes d’une œuvre à l’autre. Le Beethoven est très joyeux, presque exubérant et festif, ce qui est assez inhabituel. À l’inverse, dans Brahms, comme pour beaucoup de ses derniers opus, on trouve une forme de mélancolie. Le trio apporte encore autre chose, avec une écriture plus dense et plus fouillée. » Pour ceux qui n’auraient pas la chance d’assister au concert, d’autres dates parisiennes permettront d’entendre Aurélien Pascal dans la suite de l’année, notamment en novembre à la Philharmonie en duo avec le guitariste Raphael Feuillâtre, et en mai à la Seine Musicale aux côtés de l’Orchestre Pasdeloup.

Elise Guignard - publié le 02/10/26

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