Marie-Ange Nguci l’intelligence du cœur
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Artiste en résidence à Radio France pour la saison 2025-2026, la pianiste Marie-Ange Nguci donne un récital à l’Auditorium autour du thème de la fantaisie, convoquant un répertoire de pièces variées où la liberté de ton rejoint le souci de la forme, tous deux portés par le même souffle d’une interprète passionnée.
Disciple du regretté Nicholas Angelich qui l’a adoubée au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, dès son arrivée d’Albanie à l’âge de treize ans, Marie-Ange Nguci a manifesté très tôt une maturité qui s’est concrétisée par un parcours sans faute fait de musicalité mure. D’une gentillesse innée mais aussi dotée d’une intelligence aiguisée et d’une grande culture, elle sait conjuguer avec bonheur le pouvoir de la raison et les affects du cœur pour affiner sa curiosité dans des domaines multiples (étude de la musicologie à la Sorbonne ou encore de la direction d’orchestre à Vienne). « Je n’ai jamais été friande des concours et du concept que cela représente, et mon chemin n’a pas été jalonné par la recherche de la compétition. » Cela dit, Marie-Ange a été couronnée à plusieurs reprises par des Prix remportés au MacKenzie Awards de New-York, à la Fondation Yamaha, à la Société des Arts de Genève, ou d’autres compétitions qui n’ont été qu’une étape dans sa réflexion sur la notion d’interprétation.
Un récital dense et à large spectre
Le concert qu’elle propose à la Maison de la Radio est le prolongement d’une année particulièrement fertile qui l’a vue côtoyer les musiciens des orchestres de la Maison Ronde (le Philhar et le National) dans le mode chambriste avec en mars 2026, cerise sur le gâteau, un fascinant Second Concerto de Prokofiev sous la direction de Simone Young. « Je suis très reconnaissante aux équipes de Radio France de m’avoir permis de vivre une telle expérience qui se terminera le 7 juin prochain par un programme de musique de chambre où je jouerai le Sextuor pour piano et cordes de Mendelssohn. Ce concert avec Simone Young a été un moment très enrichissant où j’ai beaucoup appris par les conseils qui m’ont été donnés. Le Second Concerto de Prokofiev paraît très démonstratif, mais c’est une véritable épopée sur la vie qui atteint une véritable transcendance en passant par le deuil, la rage ou la passion. » Seule en scène en ce mois de mai, elle associe à des partitions connues tels Gaspard de la Nuit de Ravel, les Kreisleriana de Schumann, Aux Cyprès de la Villa d’Este et Les Jeux d’eau de Liszt à d’autres morceaux rarement exécutés à l’image de la Fantaisie op. 77 de Beethoven ou encore l’Introduction et Rondo op. 16 du jeune Chopin. « Le fil d’or du programme est le concept de fantaisie qui a nourri tout l’imaginaire des musiciens à partir d’œuvres littéraires ou d’œuvres picturales. A cet égard, la Fantaisie de Beethoven évolue tout au long de son errance, depuis l’émergence du chaos initial jusqu’à une forme d’espoir avec des réminiscences, en particulier celle du mouvement lent du Concerto l’« Empereur ». Le compositeur, à partir de petites cellules, construit une grande forme qui garde son caractère d’improvisation. L’inspiration mélodique du thème est développée autour de sept variations d’une étonnante modernité. Dans l’Introduction et Rondo de Chopin remplis de chausse-trappes, le pianiste doit outrepasser le caractère ludique de cette partition hybride pour lui donner une dimension captivante avec une impression de plénitude liée à la densité de son. Il en va de même chez Liszt avec ses deux pièces extraites de la Troisième année des Années de Pèlerinage, Aux Cyprès de la Villa d’Este et aux Jeux d’eau où la nature prend une dimension mystique. Quant à Gaspard de la nuit de Ravel sur des poèmes en prose d’Aloysius Bertrand, il s’agit d’une suggestion et d’une atmosphère plus que d’une narration, la forme et le fond ne faisant qu’un comme il en va des Kreisleriana de Schumann dédiés à Chopin. »
Une appétence communicative pour la direction d’orchestre
Depuis quelques années, la direction d’orchestre prend une place de plus en plus importante dans l’activité de cette musicienne qui a fait ses premiers pas de chef en août 2024 au Festival de La Roque d’Anthéron en présence du Sinfonia Varsovia. Désormais, elle se produit auprès des phalanges les plus réputées à Göteborg en Suède, à Bâle en Suisse, aux Pays-Bas, en Estonie, auprès de la Philharmonie tchèque, de l’Orchestre Philharmonique d’Oslo, en Slovénie, où elle s’accompagne depuis le clavier dans les grands concertos du répertoire ou rend vie aux symphonies classiques, romantiques, à la musique russe dont celle de Prokofiev ou de Chostakovitch, deux créateurs qui lui sont particulièrement chers. Cet été, Marie-Ange Nguci ira se ressourcer dans les montagnes suisses sans toutefois négliger sa prédilection pour l’orchestre, au Portugal ou ailleurs. « Dans les Grisons, on est confronté à une forme de perfection de la nature propice à l’expression artistique. Je goûte particulièrement ces moments privilégiés qui donnent un sens à la vie à mille lieues des contraintes imposées par le quotidien. »
Michel Le Naour - publié le 04/05/26