Frank Peter Zimmermann une quête de perfection
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Au fil d’une carrière sans faute, le violoniste Frank Peter Zimmermann a toujours su se remettre en question tout en explorant des territoires nouveaux. Son récital de musique de chambre à la Maison de la Radio sur le thème de Fantaisies et Variations met en correspondance Schubert, Schoenberg et Webern.
Auréolé d’un prestige qui ne se dément pas, Frank Peter Zimmermann a tracé son chemin sans jamais abandonner son affabilité loin des sirènes de la gloire. Son répertoire aborde tous les styles, du baroque aux compositeurs d’aujourd’hui, et rien ne semble résister à son archet, à sa technique peaufinée à l’extrême. Pourtant chez lui la décantation et la fluidité n’interdisent pas l’expression de la sensibilité.
Un récital de musique de chambre intelligemment conçu
Soliste international, ce musicien aux semelles de vent est aussi apprécié pour ses réalisations dans le domaine de la musique de chambre, genre qu’il pratique avec régularité avec la même recherche de qualité, choisissant soigneusement ses partenaires. « Radio France m’a proposé une résidence durant la saison 2025/2026, et ce mois-ci j’ai imaginé un programme chambriste qui met en relief les deux Ecoles de Vienne à travers Schubert, Schoenberg et Webern. Avec le pianiste ukrainien Dmytro Choni, j’entretiens depuis trois ans une relation très forte tant humaine que musicale. Troisième Prix au Concours Van Cliburn en 2022, il a non seulement une grande expérience, mais il est comme ma deuxième peau. » Ce concert autour de Fantaisies et Variations est l’occasion de se confronter à des œuvres rares : « La Sonatine en la mineur de Schubert est en réalité une véritable sonate. Elle demande une virtuosité, une recherche de couleurs pour le violoniste entre ombre et lumière ; le final est d’une vélocité folle. Il en va de même des 7 Variations sur « Trockne Blumen » d’après un lied de La Belle Meunière où le piano doit faire preuve de virtuosité. Quant à la Fantaisie en ut majeur, elle met en valeur la haute technicité du violoniste mais demande pour le clavier dans l’Allegretto vivace final une imagination sonore sans cesse renouvelée. Depuis l’âge de quatorze ans je pratique les Quatre Pièces op. 7 de Webern d’une écriture dodécaphonique portée à son acmé et qui multiplient les effets instrumentaux les plus hardis. Admirateur de Schubert, Webern fait tenir un roman dans un soupir. Quant à la Fantaisie de Schoenberg, l’une de ses dernières œuvres, c’est un véritable défi pour les interprètes en huit minutes trente. Derrière l’aridité apparente, se dissimule un romantisme parfois proche de Brahms. »
Un violoniste au répertoire immense
Toujours dans le cadre de sa résidence, Frank Peter Zimmermann rejoindra l’Orchestre National et Cristian Măcelaru fin avril et début mai pour un « Grand Tour » entre Brest, Vannes, Caen et Paris dans le Concerto pour violon de Beethoven, une œuvre qu’il a jouée plus de trois cents fois. Il y a imposé une transparence et une fluidité qui n’allaient pas nécessairement de soi pour des chefs d’orchestre attachés à des tempi plus lents. « On me reprochait quand j’étais plus jeune un manque de profondeur, de jouer trop classique avec un vibrato pas assez large. En fait, Beethoven est un musicien marqué par la Révolution française et qui connaissait les œuvres de Rhodes, Kreutzer ou Viotti dont il s’est inspiré. Il faut en tenir compte, et je crois maintenant que ma façon d’envisager le Concerto de Beethoven ne pose plus aucun problème. » Auparavant, le 3 avril, on retrouvera notre violoniste aux côtés d’Alain Altinoglu et du Philhar dans la Maison Ronde avec le Concerto pour violon du compositeur suisse Frank Martin : « C’est un chef-d’œuvre d’une grande densité qui date des années 1950. Je l’aborde depuis peu mais le fait entendre maintenant dans les grandes villes européennes. Au-delà d’une connaissance de toute la musique, il y a chez ce créateur une singularité et un style très personnel qui va droit au cœur. Je pense inscrire à mon répertoire prochainement son autre pièce Polyptyque d’une puissance tragique peu commune. » Frank Peter Zimmermann sait donner du temps au temps et ne manque pourtant pas de projets. Outre les parutions des deux Sonates de Bartók et de Mythes de Szymanowski avec Dmytro Choni (chez Bis), doit paraître le Concerto d’Elgar avec le LSO et, l’an prochain, celui de Schumann avec Daniele Gatti et son Orchestre de la Staatskapelle de Dresde (pour DGG). Artiste humble et profond, amoureux de la France dont il parle la langue couramment, ce prince de l’archet sait allier avec bonheur le cœur et la raison sur son Stradivarius le « Lady Inchiquin » de 1771 à la sonorité onctueuse qui a appartenu jadis à Kreisler. Courons vite l’écouter à la Maison de la Radio !
Michel Le Naour - publié le 02/03/26