Portraits - Voix

Felicity Lott La Voix Royale

Felicity Lott
La soprano anglaise Felicity Lott a chanté dans les lieux les plus prestigieux du monde, avec une prédilection marquée pour Mozart et Strauss, sans oublier le répertoire français.
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Forte aujourd’hui de la sagesse et de la joie que lui a apportées sa carrière, Felicity Lott se produira au Musée de l’Armée pour un récital de mélodie. L’occasion d’entendre une grande dame du chant dont l’immense talent n’a d’égal que l’humilité.

Quand elle résume sa carrière, Dame Felicity Lott souligne avant tout l’importance des rencontres qui lui ont permis de construire sa personnalité artistique : « J’ai commencé à Glyndebourne en travaillant avec des chefs incroyables comme Bernard Haitink et des metteurs en scène comme John Cox et Peter Hall. Par la suite beaucoup de très grands chefs m’ont marquée, comme Carlos Kleiber et Armin Jordan. J’ai aussi connu Simon Rattle à ses débuts. En France, j’ai adoré chanter avec Marc Minkowski. » Si la soprano britannique reste dans les mémoires de beaucoup de mélomanes pour certains grands rôles qu’elle a magnifiés (on pense notamment à son rôle de prédilection, la Maréchale dans Le Chevalier à la rose de Strauss), elle insiste pourtant sur la place qu’elle a toujours souhaité faire aux mélodies : « J’adore la mélodie. Au début je donnais beaucoup de récitals, mais je pense qu’il très difficile de faire carrière uniquement dans ce type de répertoire. J’ai donc commencé à me produire également à l’opéra, ce que j’ai beaucoup aimé, mais la mélodie est restée essentielle pour moi. Quand j’étais étudiante j’avais rencontré Graham Johnson, un accompagnateur extraordinaire dans ce domaine, et nous travaillons encore ensemble aujourd’hui, depuis les années 1970. » L’amour que Felicity Lott voue aux mélodies s’accompagne logiquement d’un amour immodéré pour leurs textes : « Pour moi les mots sont très importants car ils sont la source d’inspiration du compositeur. Il faut les transmettre au public, sinon on a uniquement une musique qui semble flotter sans aucun sens compréhensible, et le public s’ennuie. Même si on n’incarne pas un personnage lorsqu’on chante une mélodie, cette mélodie raconte souvent une histoire et c’est ce qui me plait. » La soprano explique la particularité du récital : « On est à nu sur scène, devant le piano, on ne peut pas se cacher derrière un costume et une mise en scène. Parfois je fais des erreurs mais je pense que le public préfère cela à une interprétation trop lisse et trop parfaite. On est souvent obsédé par la volonté d’être parfait mais nous ne sommes pas des machines. » Pour son récital au Musée de l’Armée, Felicity Lott propose un projet en collaboration avec le comédien Alain Carré et la pianiste Jacqueline Bourgès-Maunoury : « Alain Carré a choisi tous les textes, surtout des textes anglais (Scott, Doyle, Lord Byron...). Je vais aussi chanter des chansons folkloriques de Beethoven et même si cela n’a rien à voir, je vais interpréter « Ah que j’aime les militaires ! » d’Offenbach, qui est toujours une occasion de s’amuser ! ».

Aujourd’hui, parmi le large répertoire qui est le sien, cette francophile inconditionnelle insiste surtout sur l’amour qu’elle voue aux mélodies françaises : « J’ai toujours beaucoup de plaisir à chanter de la musique française. Les mélodies de Renaldo Hahn sont sublimes. J’aime beaucoup Fauré également parce que je trouve qu’il y a une pudeur magnifique dans ses œuvres. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai toujours adoré la langue française, elle a une musicalité qui m’a toujours séduite, et j’aime les gens, le pays. J’ai changé d’avis aujourd’hui mais quand j’étais jeune je trouvais la langue anglaise ennuyeuse. Tout ce qui était étranger me semblait mieux, et tout ce qui était français me semblait beaucoup mieux ! » Si elle parle avec grand enthousiasme des répertoires qui ont fait sa gloire, Dame Felicity Lott ajoute prendre de plus en plus de plaisir aujourd’hui à chanter des pièces légères : « J’aime chanter des choses drôles et je ne cherche pas à gravir des montagnes tous les jours. Il y a tant de choses tristes dans la vie que si je peux permettre au public de sortir d’un récital avec le sourire, je suis heureuse de le faire. »

Chanter aujourd’hui

Elle admet aussi trouver le milieu lyrique de plus en plus impitoyable : « Aujourd’hui les chanteurs sont exposés en permanence à la vue de tous par l’omniprésence des médias, de Youtube par exemple, et les critiques me paraissent de plus en plus féroces. Il faut essayer de ne pas y faire trop attention. Quand j’ai commencé à faire carrière et que j’étais sur une production, je n’allais voir les critiques qu’à la fin de la série des représentations sinon la moindre chose négative que je lisais avant me tourmentait pour tous les spectacles à venir. Je suis très vulnérable à ce niveau-là. La voix c’est tellement personnel… Si on n’aime pas votre voix, on ne vous aime pas en quelque sorte. » Après ce constat, et s’appuyant sur sa propre expérience, la soprano donne quelques conseils aux générations de chanteurs à venir : « Il ne faut pas aller trop vite et ne pas être trop impatient quand on commence une carrière. Une voix met du temps à se développer et il faut avoir vécu un peu pour avoir quelque chose à dire. » De sages paroles à l’image d’une artiste aux qualités musicales aussi bien qu’humaines.

Élise Guignard