Portraits - Voix

Cyrille Dubois mélodies orientales

Cyrille Dubois
Élève d’Alain Buet, Cyrille Dubois attire l’attention du public en devenant Révélation lyrique aux Victoires de la Musique 2015.
Partager sur facebook

Le ténor Cyrille Dubois est une étoile montante dans le paysage lyrique actuel. Après avoir brillé à l’Opéra Comique en Horace dans Le Domino noir d’Auber, il renoue avec sa passion immarcescible pour la mélodie française dans le cadre de l’exposition Delacroix à l’Auditorium du Louvre.

Cyrille Dubois avance dans sa jeune carrière avec une curiosité sans cesse en éveil et peut-être doit-il son sens de l’organisation et de la gestion du temps à une formation d’ingénieur reçue dans sa Normandie natale où il commença le chant dans la Maîtrise de Caen. Si les sciences et la technologie continuent de l’intéresser, il a, depuis son passage au prestigieux Atelier lyrique de l’Opéra de Paris, donné à sa vie un autre sens : « Je cultive depuis longtemps une passion double pour l’opéra mais aussi pour la musique de chambre à laquelle j’ai toujours prêté une oreille attentive. Dans le cadre du Duo Contraste que j’ai constitué avec le pianiste Tristan Raës sur les conseils d’Anne Le Bozec et Jeff Cohen, j’ai pu entreprendre une collaboration sur la durée qui ouvre des horizons infinis sur les domaines du lied et de la mélodie. Cela me permet de déployer un large spectre de possibilités qui se situe au carrefour de la poésie et de la musique. »

Rien n’échappe à ce musicien loué pour son élégance, sa qualité de diction et un timbre pur immédiatement reconnaissable qui tient en haute estime de grands diseurs comme Ian Bostridge, Christoph Pregardien, Natalie Dessay et François Le Roux : « Outre sa personnalité vocale, chacun attache du prix autant au sens du texte qu’à la phrase musicale. Ce sont des modèles dont j’ai pu m’inspirer au cours de master class très formatrices. François Le Roux, par sa culture immense, est un puits sans fond dans lequel on peut sans cesse se ressourcer. » Autour de l’exposition Delacroix et le voyage en Orient, Cyrille Dubois offrira à l’Auditorium du Louvre un florilège de mélodies françaises du xixe siècle : « Il y aura des pages célèbres comme L’île inconnue extraite des Nuits d’été de Berlioz, mais d’autres moins fréquentées comme les superbes Mélodies persanes de Saint-Saëns, des œuvres de Félicien David, ou encore de Gounod, Massenet, Chausson… Ce programme sera également proposé deux jours plus tard au Louvre-Lens. » Défenseur du répertoire hexagonal, notre musicien regrette que l’on accorde aussi peu de place à notre patrimoine : « L’approche a heureusement évolué ces dernières années et les fantômes du passé retrouvent le chemin des scènes nationales, mais il revient aussi à l’État, comme il le fait pour la création contemporaine, d’encourager la résurgence de partitions qui ont été mises sous le boisseau, prenant exemple sur ce qu’a entrepris le Palazzetto Bru Zane pour la redécouverte exaltante de la musique romantique française. »

Très à l’aise dans le répertoire contemporain et dans les rôles de ténor léger (au Théâtre des Champs-Élysées il fut le Nadir de haute volée des Pêcheurs de perles de Bizet), Cyrille Dubois possède de multiples cordes à son arc et n’entend pas réduire son activité aux emplois rossiniens ou mozartiens dans lesquels il excelle : « Ma voix va sûrement évoluer et je m’adapterai à cette donne. Dans un horizon que je ne peux bien sûr pas préciser, j’aimerais aborder les personnages d’Hoffmann d’Offenbach ou de Roméo de Gounod, mais chaque chose en son temps. » Gageons que ce styliste hors pair, sans cesse à la recherche d’absolu, saura mettre à profit son intelligence et sa lucidité pour continuer à nous émerveiller. 

Michel Le Naour