Portraits - Vents

Emmanuel Pahud La flûte française

Emmanuel Pahud
Flûtiste franco-suisse, Emmanuel Pahud a été l’élève d’Aurèle Nicolet et compte parmi les plus grands flûtistes actuels.
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Emmanuel Pahud est depuis 30 ans l’une des plus belles étoiles illuminant le monde des flûtistes. Il embrasse la musique sous toutes ses formes et développe sa carrière dans toutes les directions possibles. On pourra l’entendre en janvier à la cité de la musique aux côtés de l’Orchestre de Chambre de Paris.

Emmanuel Pahud joue depuis longtemps avec l’Orchestre de Chambre de Paris en tant que soliste, une collaboration qui s’avère idéale pour son instrument : « La flûte en tant qu’instrument soliste est prédestinée à jouer avec un orchestre de chambre, parce qu’il y a énormément de répertoire écrit pour cette disposition. La réactivité, la souplesse et la projection sonore sont optimales dans ce cadre ». Depuis que l’orchestre a pris le nom d’ « Orchestre de chambre de Paris », Emmanuel Pahud travaille donc beaucoup avec lui : « Je trouve que ce nom fait immédiatement comprendre de quoi il s’agit. Il y a une qualité d’écoute, une virtuosité dans tous les pupitres et surtout une vraie individualité des timbres qu’on soigne si bien dans les écoles françaises. » Mais le flûtiste n’apprécie pas uniquement l’orchestre pour ses qualités musicales : « Ayant fait mes classes au Conservatoire de Paris, je retrouve aussi à l’Orchestre de Chambre de Paris beaucoup d’amis avec lesquels j’ai parfois étudié. Il y a une grande fraternité entre nous. » Cette passionnante collaboration a un bel avenir devant elle : « On commence à travailler ensemble très régulièrement, de manière annuelle ou biannuelle. Durant les quelques semaines qu’on va passer ensemble au mois de janvier à Paris puis en tournée, je suis sûr qu’on trouvera de nouvelles idées pour alimenter nos futures collaborations. »

Plusieurs visages

Parcourant le monde pour son activité de soliste, Emmanuel Pahud change régulièrement de casquette puisqu’il occupe aussi le poste de flûte solo de l’Orchestre Philharmonique de Berlin depuis ses 22 ans : « C’est un poste très prestigieux parce qu’il a été occupé par d’illustres prédécesseurs comme Aurèle Nicolet ou encore James Galway. Je connais en général les chefs qui viennent à la Philharmonie de Berlin par des projets que je fais avec eux en soliste, et je connais parfois les solistes qui viennent pour avoir fait de la musique de chambre avec eux. C’est un même monde musical mais qui prend des formes différentes. Faire de la musique au service d’un chef d’orchestre qui se mettra lui-même à mon service pour un concerto quelque temps plus tard dans la même saison, c’est une situation que je vis très souvent. Je trouve que ce sont des relations très créatives. » Bien sûr passer d’un rôle de soliste à celui de chambriste ou de musicien d’orchestre demande une certaine virtuosité : « Il faut savoir passer d’une discipline à l’autre en l’espace de quelques secondes. Quand j’étais jeune, cette adaptation était rapide. Aujourd’hui je dois avouer que j’ai besoin souvent d’une demi-journée pour me concentrer et endosser mon nouveau costume. La raison est aussi que je mène beaucoup plus de projets actuellement qu’au début de ma carrière. » 

Éblouissante virtuosité

Emmanuel Pahud jouera le Concerto d’Ibert à la Cité de la Musique, nous promettant une belle aventure musicale : « En tant que soliste, je ne dialogue pas uniquement avec le chef d’orchestre mais avec chaque instrumentiste. Dans le Concertod’Ibert beaucoup de passages amènent des conversations entre les instruments. Ils se mettent en valeur les uns les autres. » Le flûtiste admet cependant la difficulté de l’œuvre : « C’est un concerto à apprivoiser. Ce n’est pas facile d’arriver à projeter une idée musicale dans cette partition qui peut sembler de prime abord purement virtuose. Il est l’un des concertos pour flûte les plus demandés dans les concours internationaux. » Ce qui n’empêche nullement Emmanuel Pahud de l’apprécier : « J’adore le jouer. C’est une œuvre contrastée avec des passages lyriques et des passages rythmiques. Dans le deuxième mouvement la musique devient presque atmosphérique. La difficulté se situe alors au niveau du souffle. Le dernier mouvement est une danse vertigineuse avec un tempo d’une rapidité folle. Il ne manque jamais de subjuguer le public. » Un arrangement pour flûte et orchestre de la Flûte enchantée par Robert Fobbes-Janssens est aussi au programme : « Quand la flûte moderne a été inventée, beaucoup versions de poche d’opéras ont été écrites par de brillants flûtistes. On a donc une grande collection d’œuvres de ce type, toutes très virtuoses. J’adore l’opéra, j’y allais beaucoup quand j’étais enfant. Quand je joue ce genre d’arrangements j’ai l’impression de revenir un peu en enfance. » 

Au sommet de sa carrière, Emmanuel Pahud n’est jamais à court d’envies : « Je fais une création par an en moyenne. Il y a peu, j’ai aussi enregistré des musiques de films avec Alexandre Desplat et l’Orchestre National de France. Découvrir de nouvelles choses m’oxygène énormément et me procure beaucoup de plaisir. Parallèlement au répertoire traditionnel, j’aime faire découvrir au public des choses qu’il ne connaît pas. C’est essentiel à mon approche de musicien. »

Élise Guignard