Portraits - Piano

Katia & Marielle Labèque Un vent de liberté

Katia & Marielle Labèque
Katia et Marielle Labèque
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Stars internationales, Katia et Marielle Labèque abordent des répertoires variés dans des expériences sans frontières où musique contemporaine, baroque, jazz ou rock se conjuguent avec la même passion. Au Théâtre des Champs-élysées, leur programme ludique remet sur le métier des chefs-d’œuvre de la musique française dont elles ont toujours fait leur miel.

La disponibilité et l’empathie des sœurs Labèque ne se démentent pas. Pourtant, véritables globe-trotters, elles sillonnent depuis quarante ans notre planète de Los Angeles à Mexico, de Rome à Paris dans un chassé-croisé qui pourrait donner le tournis ou les isoler dans leur tour d’ivoire. On connaît la différence de tempérament entre la flamboyante Katia et la secrète et réfléchie Marielle ; mais toutes deux se retrouvent avec la même complicité soit à deux pianos, soit à quatre mains avec cette connivence artistique qui a établi leur réputation. « Notre association est évidemment faite d’une compréhension mutuelle qui passe par le regard et une intuition commune. En concert, parce que dans le travail nous sommes exigeantes avec nous-mêmes, nous pouvons laisser une part non négligeable à une forme d’improvisation et à une liberté interprétative. Avec le temps, nous avons gagné en fluidité par rapport à la pratique plus métronomique de nos débuts. Cela se vérifie au niveau de la recherche d’un legato adapté à des instruments à cordes, mais moins dans le traitement percussif des claviers. »

Une continuelle remise en question

La musique contemporaine a été déterminante dans l’éclosion de leur duo (leur premier enregistrement en 1970 chez Erato était consacré aux Visions de l’Amen de Messiaen) et la pratique de compositeurs comme Gershwin (Un Américain à Paris pour deux pianos) ou Bernstein (les Danses de West Side Story) a assis très tôt une popularité qui n’a jamais cessé depuis. Aujourd’hui comme hier, Katia et Marielle, sans discontinuer, continuent de se confronter aux œuvres du temps présent, et leurs commandes à des compositeurs confirmés enrichissent le répertoire en duo (en juin, elles créeront à Dresde le Concerto pour deux pianos de Bryce Dessner). à la différence d’autres musiciens, elles ne dorment jamais sur leurs lauriers et sont en perpétuel questionnement. « Il est vrai que nous avons interprété nombre d’œuvres de musique d’aujourd’hui de Berio, Ligeti, Lindberg, Abrahamsen, Adès… ainsi que les minimalistes américains auxquels nous avons consacré un enregistrement. En revanche, nous n’avons jamais abandonné le classicisme mozartien tout en entretenant notre pratique des compositeurs du xxe siècle tels Stravinski ou Poulenc. Le Romantisme musical ne se marie guère à la configuration pour deux pianos et nous avons décidé de laisser en jachère les œuvres de Rachmaninov. Une exception toutefois pour le Concerto en la bémol mineur pour deux pianos de Max Bruch, partition retrouvée en 1971 cinquante ans après sa publication ; c’est toujours un plaisir de le donner en concert en particulier avec Semyon Bychkov (le mari de Marielle) qui sait équilibrer les dynamiques et alléger la pâte sonore. Cette saison, nous avons fait une tournée avec le Concertgebouw d’Amsterdam en programmant cette œuvre notamment à la Philharmonie de Paris. »

Une farouche indépendance d’esprit

Sans doute leur ascendance basque a-t-elle permis l’éclosion des Labèque en leur inculquant cette indépendance qui les mène hors des sentiers balisés. En dehors de leur talent hors norme, ce qui les caractérise, c’est leur capacité à prendre les distances par rapport à l’ordre établi. Leur parcours parle pour elles : « Nos rencontres nous ont amenées à nous remettre constamment en cause. Viktoria Mullova a été décisive dans notre évolution ; elle nous a permis d’entrer en contact avec le monde baroque. Pour nous, c’était une véritable révolution copernicienne ; il nous a fallu beaucoup travailler et réfléchir sur des données comme l’articulation ou sur les différences de style. Nous possédons à Rome des pianofortes Silbermann et jouons des concertos du xviiie siècle avec des baroqueux tel Reinhard Goebel qui nous a fait beaucoup évoluer dans notre démarche au même titre que Robert Levin, Giovanni Antonini ou John Eliot Gardiner. » Bien installées dans l’univers discographique, Katia et Marielle Labèque ont décidé un jour de couper le fil qui les reliait à leur label de prestige pour se jeter dans l’inconnu. « Il s’agissait d’un challenge et nous n’avons pas nécessairement mesuré l’ampleur de la tâche qui nous attendait. Désormais, après un long silence, nous produisons nos enregistrements sur le label KML dans le studio de Rome qui nous appartient et répond à notre attente hors de toute contrainte. »

Un Carnaval des animaux décapant

Aux Rencontres musicales d’Evian de juillet 2016, Katia et Marielle ont retrouvé le Quatuor Modigliani qui les avait invitées en compagnie de l’humoriste Gaspard Proust autour d’une version débridée du Carnaval des animaux de Saint-Saëns : « Le texte qu’a écrit Gaspard Proust est très adapté à un public d’enfants. Il est gorgé d’humour et le livret fait mouche, d’autant que son auteur a le don de capter l’auditoire. C’est un plaisir de retrouver nos amis du Quatuor Modigliani et les musiciens avec lesquels nous sommes très liés ». Bien que ce programme donné au TCE s’adresse d’abord à un jeune public, il n’en est pas moins destiné à tous. « En première partie nous jouerons des pièces que nous connaissons bien et qui ont un lien entre elles car elles gravitent autour du thème de l’enfance : la valse musette de L’Embarquement pour Cythère de Poulenc, la berceuse du Dolly de Fauré, l’extrait Petit mari petite femme des Jeux d’Enfants de Bizet, Brasileira du Scaramouche de Milhaud et Ma Mère l’Oye de Ravel. C’est tout le jardin extraordinaire de la musique française qui est ainsi convoqué ». De fait, nos deux pianistes hors pair brilleront dans ces chefs-d’œuvre de tous leurs feux, ajoutant au plaisir de l’écoute celui des yeux. Leurs tenues vestimentaires toujours recherchées en concert (le choix n’est pas encore décidé entre Prada ou Givenchy) apportent un supplément de prestige : fougue et poésie s’y rejoignent pour notre plus grand bonheur.

Michel Le Naour

DU TAC AU TAC

  • Quel est votre bruit préféré ?

    Le bruit des vagues ! (Katia et Marielle)
  • Quel bruit vous insupporte ?

    L’air conditionné. (Katia)
  • Quel est votre héros préféré ?

    Pas de héros de fiction, dans la vie, notre père, c’était un roc. (Katia et Marielle)
  • Le livre le plus important que vous ayez lu dans votre vie ?

    Novecento de Baricco (Katia). Words without music de Philip Glass et Silk de Baricco (Marielle).
  • Quel compositeur vous semble sous-estimé ?

    Jan Zelenka, Heinrich Ignaz Franz Biber (Katia). Emmanuel Chabrier (Marielle).
  • En quoi voudriez-vous vous réincarner ?

    Un oiseau pour pouvoir voler (Katia).

CD

  • Duos pour pianos

    Duos pour pianos

    6 CD Philips Classics
  • Invocations, Stravinski : Le Sacre du Printemps (version originale), Debussy : Six Epigraphes antiques

    Invocations, Stravinski : Le Sacre du Printemps (version originale), Debussy : Six Epigraphes antiques

    1 CD Deutsch Grammophon
  • Minimalist Dream House, John Cage, Philip Glass, Michaël Nyman, Arvo Pärt

    Minimalist Dream House, John Cage, Philip Glass, Michaël Nyman, Arvo Pärt

    1 CD Deutsch Grammophon