Portraits - Chef

Enrique Mazzola Flamme Belcantiste

Enrique Mazzola
Chef espagnol né en Italie, Enrique Mazzola est considéré comme l’un des grands spécialistes de Rossini.
Partager sur facebook

À la tête de l’Orchestre National d’Ile-de-France depuis 2012, Enrique Mazzola partage avec ses musiciens son amour du bel canto et l’envie de s’investir dans la création contemporaine. On le retrouve pour La Cenerentola au Théâtre des Champs-Élysées et dans un nouveau disque où est enregistré une œuvre inédite.

"Même si l’ONDIF connaissait le répertoire bel canto avant que j’arrive, je lui apporte mon expérience. Cela fait au moins dix ans que je me dédie complètement à ce répertoire, et j’adore le partager avec lui. » Enrique Mazzola évoque avec une vraie flamme les raisons de cet engouement pour le bel canto : « D’abord je suis italien, j’ai un peu ce répertoire dans le sang ! Et quand j’étais tout jeune, je dirigeais beaucoup du Rossini, du Donizetti… Les théâtres ne voulaient pas prendre le risque de confier à un jeune chef un grand Verdi. Je me suis rendu compte que le milieu musical considérait souvent le répertoire rossinien comme facile à interpréter, alors que je trouve au contraire qu’il est très difficile. Trouver le souffle vital et l’élégance propre à ce répertoire est un défi énorme. J’aime aussi Rossini parce qu’il incarne l’esprit même du divertissement, il est le maître de l’opera buffa. J’aime sa finesse, ses jeux d’esprit, sa capacité à concentrer dans les récitatifs le style napolitain, piquant, dans l’esprit de Goldoni. Dans le milieu on me considère souvent comme un spécialiste, ce qui me fait rire car je n’ai pas l’impression d’en être un. Je pense simplement être très appliqué. » Le chef souligne l’importance de faire travailler l’orchestre sur certains points pour le rendre vraiment « rossinien » : « Avec les cordes par exemple il est essentiel de faire un travail sur les coups d’archet. Souvent chez Rossini, l’archet doit sauter et piquer en quelque sorte la corde. » La Cenerentola n’est cependant pas l’opéra plus représentatif du style du buffo : « Dans le triptyque du Barbier de Séville, de L’Italienne à Alger et de La Cenerentola, ce dernier opéra est souvent le moins compris des trois, peut-être parce qu’il est empreint d’une certaine nostalgie. Tout au long de l’œuvre Cenerentola s’interroge sur qui elle est, ce qu’elle fait là, pourquoi elle est ainsi maltraitée. Le personnage enlève un peu à l’esprit buffo de la partition pour lui apporter plus d’humanité. » Cette passion pour le bel canto n’exclut pas un réel goût pour la musique contemporaine et les œuvres rares : « Cela fait partie de l’esprit de notre programmation. À côté des ouvrages de grand répertoire on met toujours des œuvres peu jouées. Dès le départ j’ai pensé qu’en tant que musicien, pour être honnête envers moi-même, il fallait que je fasse cet effort. Je trouve qu’il est trop facile de proposer au public uniquement les grands chefs-d’œuvre. » Le nouveau disque de l’ONDIF est justement l’occasion d’entendre une rareté : « On a voulu enregistrer La Bien-aimée de Milhaud parce qu’il n’existait aucun enregistrement. J’ai redécouvert cet ouvrage disparu avec Rex Lawson, le pianoliste de ce disque. C’est une œuvre très étrange, et Milhaud n’est pas un compositeur simple. Ce ballet reprend des pièces pour piano de Liszt, de Schubert, en y apportant du grotesque. Il y a une grande puissance et une vraie exagération orchestrale. Pour compléter, j’ai choisi L’Oiseau de feu de Stravinski car les deux ouvrages illustrent une période artistique magnifique à Paris, pleine de créativité, de modernité ». Un disque à écouter sans attendre !

Élise Guignard