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Philippe Manoury

Kein Licht

Né en 1952 à Tulle, Philippe Manoury est l’un des compositeurs français les plus reconnus sur le plan international. Son œuvre abondante couvre tous les genres.

 AVEC DÉJÀ QUATRE OPÉRAS CRÉÉS DANS DES HAUTS LIEUX MUSICAUX, PHILIPPE MANOURY S’EST IMPOSÉ COMME UN ACTEUR MAJEUR DE LA CRÉATION LYRIQUE ACTUELLE. 

À L’OPÉRA COMIQUE, ON DÉCOUVRIRA KEIN LICHT, OUVRAGE MARQUANT UNE NOUVELLE AVANCÉE DANS LA MANIÈRE DU COMPOSITEUR FRANÇAIS.

Écrire un opéra exige souvent l’acceptation d’un cahier des charges fort contraignant. S’il s’est toujours montré conscient des impondérables matériels d’une entreprise de ce type, Philippe Manoury ne semble nullement soucieux de passer sous de telles fourches caudines et, avec sa forme ouverte, Kein Licht confirme de nouveau sa liberté artistique : « J’ai déjà écrit quatre opéras de facture plus traditionnelle dans leur forme, avec une partition complète. En général, quand on fait un opéra traditionnel, on dépose une mise en scène le long de la musique. Le metteur en scène n’a plus aucune possibilité de changer la temporalité puisque celle-ci est inscrite dans la partition. Kein Licht n’a pas été conçu comme un ouvrage écrit d’un bout à l’autre et nous travaillons vraiment à deux. Nous avons beaucoup expérimenté sur le plateau et ce fut lors des répétitions nous avons effectué nos choix en essayant de créer une dynamique en fonction d’une dramaturgie. »

Un « thinkspiel »

C’est littéralement la main dans la main avec le metteur en scène allemand Nicolas Stemann que Philippe Manoury a créé Kein Licht, sur un texte que l’écrivaine autrichienne Elfriede Jelinek a écrit presque immédiatement après la catastrophe de Fukushima : « Cette forme ouverte fonctionne parce qu’elle utilise des effectifs assez réduits : un ensemble de douze musiciens disposé sur la scène, quatre chanteurs et deux comédiens. Toutes les personnes que j’ai mentionnées ont participé au montage. C’est pour cette raison que j’appelle cette œuvre non pas un opéra mais un thinkspiel. Ma compagne a trouvé cette formule en plaisantant, c’est une manière de dire que ce jeu-là provient d’une pensée. »

Une démarche artistique de cette nature engendre un travail de composition spécifique : « J’ai composé ce que j’appelle des modules, des éléments séparés et intégrés ensuite au sein de la dramaturgie que nous avons construite. Au début des répétitions, naturellement, nous ne connaissions pas l’ordre de ces modules, même si nous avions déjà quelques idées à ce sujet. Cet ordre appartient donc à une dramaturgie spécifique, ce qui signifie qu’en cas de reprise avec une autre mise en scène, il changera. » 

Philippe Manoury est aux commandes d’un langage musical d’une complexité fascinante, dont l’électronique est un élément certes non exclusif mais central : « Jusqu’à présent j’utilisais l’électronique comme une extension de l’orchestre car pour moi l’électronique constitue un orchestre moderne. Je parle ici d’un point de vue musical. Ici, il y a une autre dimension qui, elle, est dramatique : l’un des motifs de Kein Licht, un motif fondamental, c’est la technique, c’est-à-dire l’énergie nucléaire, les réactions en chaîne qui ont provoqué la catastrophe de Tchernobyl par exemple. Les évéments de Fukushima sont différents, mais ils suscitent quand même une réflexion sur la technique et des processus tellement complexes qu’ils ne sont plus maîtrisables. Et il se trouve que j’utilise pour ma part dans la musique électronique, depuis assez longtemps, des processus de ce type, c’est-à-dire qui réagissent automatiquement selon des lois de probabilités. Ils sont le symbole des réactions en chaine nucléaires provoquant la catastrophe. »

Un opéra sans personnage

Si la collaboration avec Nicolas Stemann accorde une large place au théâtre parlé, le chant demeure néanmoins le cœur battant de Kein Licht : « J’ai surtout travaillé sur des ensembles vocaux – j’ai toujours été influencé par la musique polyphonique – mais il y aura bien des moments solistes. J’ai écrit par exemple trois lamenti sur un texte intitulé Épilogue qu’Elfriede Jelinek a écrit après Kein Licht. Il s’agit des lamentations d’une femme endeuillée qui est, à vrai dire, le seul personnage réel de l’opéra d’ailleurs. Mais hormis ces moments, j’ai surtout fait des ensembles. Nicolas Stemann procède ainsi dans son théâtre depuis assez longtemps et c’est cet élément qui m’avait attiré chez lui : un théâtre sans personnage. C’est de toute façon ce qui prévaut dans le texte de Jelinek, qui est un dialogue entre A et B. Nous ne voulions pas reproduire les codes de l’opéra traditionnel, mais évoquer une histoire, donner des émotions, communiquer des situations, sans l’obligation de passer par une identification, c’est-à-dire par un chanteur qui, par exemple, s’appelle Don Giovanni ou qui prétend être Don Giovanni. »

La création de Kein Licht a eu lieu, à la fin du mois d’août, à Duisbourg dans le cadre de la Ruhrtriennale. À l’Opéra-Comique, sous la direction musicale de Julien Leroy, l’une des baguettes les plus prometteuses de la jeune génération, nul doute que Kein Licht s’imposera comme l’un des événements lyriques de la saison qui s’ouvre.

 

Yutha Tep

  

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