PORTRAIT

Julie Fuchs

Une perle rare

Julie Fuchs

LA VOIX LUMINEUSE ET LE TEMPÉRAMENT FLAMBOYANT DE JULIE FUCHS VONT DE PAIR AVEC UNE OUVERTURE MUSICALE RARE  : APRÈS LE CONTEMPORAIN TROMPE-LA-MORT DE FRANCESCONI, ELLE RETROUVE LES MÉLOMANES PARISIENS AVEC LES PÊCHEURS DE PERLES DE BIZET. RENCONTRE AVEC L’UNE DES CHANTEUSES LES PLUS AIMÉES – À JUSTE TITRE – DU PUBLIC MÉLOMANE.

Assurément, les scènes internationales ne sont pas restées sourdes au chant radieux de Julie Fuchs. Dès 2013, l’illustre Opéra de Zurich se hâtait de l’intégrer à une troupe par laquelle sont passées maintes étoiles lyriques. En 2015, Salzbourg chavirait de bonheur à l’écoute de son Et incarnatus de la Grande messe en ut mineur de Mozart. En 2016, après une étincelante Musetta au Staatsoper de Munich, notre sirène a fait des débuts remarqués en Marie de La Fille du régiment de Donizetti au Staatsoper de Vienne. Signalons, pour septembre 2017, ses premiers pas au Teatro Real de Madrid en Giunia du mozartien Lucio Silla. Mais l’on a trop souvent déploré l’attention parcimonieuse que la France accorde parfois à ses artistes pour ne pas se réjouir de voir Julie Fuchs occuper, sur les scènes hexagonales, la place considérable qui lui revient de droit. Paris, notamment, la fêtera amplement la saison prochaine : elle incarnera successivement Nanetta dans Falstaff de Verdi à l’Opéra Bastille, la Comtesse Adèle dans Le Comte Ory de Rossini à l’Opéra Comique et enfin Morgana dans Alcina de Händel au Théâtre des Champs-Élysées aux côtés de Cecilia Bartoli et Philippe Jaroussky – il s’agit en fait de la reprise de la production zurichoise de 2013, avec la mise en scène de Christof Loy.

L’art de la colorature

La tentation est grande d’affirmer que ces trois rôles dessinent un portrait vocal fidèle de notre chanteuse, celui d’un soprano lyrique doté de suraigus faciles, mais voilà : que faire, par exemple de Zerlina dans Don Giovanni qu’elle va chanter cet été au Festival d’Aix-en-Provence ? Comment donc définir sa vocalité ? Julie Fuchs n’est pas plus précise que nous : « J’ai toujours un peu de difficulté à répondre à cette question. Je suis assez heureuse de pouvoir aborder toutes sortes de répertoires, et je dirais même que m’amuse à cultiver un peu cet aspect. Ce qui définit ma voix, c’est finalement que je ne la définis pas. Mon soprano est lié au répertoire plus qu’à ma voix. Il n’y a physiologiquement qu’une seule technique de chant, et je peux ensuite me permettre telle ou telle chose en fonction du style et des salles. Cela dit, il est évident que j’ai des facilités dans l’aigu et surtout dans les vocalises, dans la colorature. Ce qu’en fait j’aime surtout, c’est la colorature. Toutefois, petit à petit, ma voix trouve plus de plaisir dans le médium et le haut médium. »

L’on comprend mieux le choix de Zerlina qui, en outre, illustre avec brio sa volonté de ne pas s’enfermer dans des petites cases, même les plus passionnantes. Cela ne va pas sans susciter certaines interrogations : « Certaines chanteuses sont clairement des coloratures, d’autres clairement des lyriques. J’ai quelque fois l’impression qu’on m’engage lorsqu’un rôle n’est clairement destiné ni aux unes ni aux autres. Mais cela ne me dérange pas. Par exemple, chanter Zerlina me contraint à réfléchir non seulement à ce que je vais pouvoir offrir au rôle – ce ne sera ni ma colorature ni mon aigu mais quelque chose d’autre –, mais également à ce que lui peut me procurer en retour. Zerlina va me permettre pendant deux mois de travailler plus mon medium, de prendre peut-être beaucoup plus de risque sur scène. C’est un défi et j’adore les défis. En outre, je ne choisis pas un rôle seulement pour ce qu’il est, j’accepte aussi en raison de l’endroit, du metteur en scène et du chef d’orchestre. À Aix-en-Provence, avec Jérémie Rhorer à la direction et Jean-François Sivadier à la mise en scène, tous les éléments me semblent réunis pour un travail passionnant et un résultat intéressant. »

Quand il y a de l’amour

Au Théâtre des Champs-Élysées, avec les Pêcheurs de perles de Bizet sous l’égide des Grandes Voix, nulle interrogation mais une véritable « autoroute » vocale : « Ce sera une prise de rôle et je dois dire que Leïla se révèle pour moi vraiment agréable à chanter. Je suis très heureuse de l’aborder maintenant car ma voix évolue, tranquillement, et je pense que Leïla constitue une bonne porte d’entrée dans le répertoire français du xixe siècle. De surcroît, je retrouve des chanteurs que je connais bien tels que Cyrille Dubois ou Florian Sempey… » Le travail d’équipe donne manifestement à Julie Fuchs les plus grandes satisfactions : « Faire de la musique avec des artistes sympathiques que l’on aime, voilà l’une des plus belles choses de la vie. Je suis persuadée que, lorsqu’existe sur scène une véritable synergie, le public le perçoit. C’est sans doute mon petit côté utopiste mais je trouve que c’est toujours plus beau quand il y a de l’amour. »

Tous les rôles évoqués ci-dessus renvoient au pan « classique » de son répertoire mais pour qui l’a vue inonder d’allégresse le public du Châtelet en Maria de La Mélodie du bonheur du tandem Rodgers-Hammerstein, ravir l’Opéra Comique en Ciboulette dans l’œuvre éponyme de Hahn ou à l’inverse bouleverser les mélomanes en Esther de Trompe-la-Mort de Francesconi à l’Opéra Garnier, il est évident que Julie Fuchs embrasse tous les genres et toutes les époques, véritable tornade qui emporte tous les auditoires. Son premier enregistrement sous étiquette Deutsche Grammophon, publié en 2015 et portant le titre éloquent de Yes !, constituait une véritable proclamation de foi, Ravel, Poulenc, Rimski-Korsakov ou Honegger côtoyant brillamment Willemezt, Guitry ou Christiné.

Une carrière aussi développée et les sollicitations y afférant ne sont certes pas sans receler, fort naturellement, des dangers certains. Julie Fuchs en a une claire  conscience : « Je me suis vite rendu compte – grâce à mon entourage, à mon professeur de chant ou à certains collègues –, qu’on pouvait rapidement ne plus s’appartenir. Malgré toute la générosité qu’implique notre métier, et que je chéris, on ne peut pas donner si l’on n’est pas centré, si l’on n’est pas certain de ce que l’on fait. Depuis quatre ans, je suis retournée vivre dans le sud et je pense que ce fait m’a beaucoup aidé à m’ancrer. Cela peut paraître banal, mais disposer de ce hâvre de paix situé dans la campagne, dans un petit village, me permet de conserver une chose qui est à moi seule. »

Radieuse dans son art, Julie Fuchs l’est tout autant dans le quotidien, aussi généreuse « en vrai » que sur scène : quel public – ou journaliste – pourrait lui résister ?

 

Yutha Tep

DU TAC AU TAC :

 

Quel est votre bruit préféré ? Les cigales, ou une marmite qui bout.

Quel est votre compositeur préféré ? Monteverdi, Händel, Bach, Mozart, Rossini, Donizetti, Mahler, Strauss, Poulenc, Ravel, Debussy.

Quelle œuvre pour une île déserte ? Un opéra de Mozart, ou les Sonates et Partitas de Bach, ou une Passion, ou une symphonie de Mahler.

Le compositeur mésestimé que vous voudriez défendre ? Reynaldo Hahn ou André Messager, ou Stradella.

Le métier si vous n’étiez pas chanteuse ? Plein de choses : fleuriste, bergère pour la nature, ou danseuse, de tango surtout, ou patissière.

Votre livre préféré ? J’en ai plusieurs : Le pouvoir du moment présent d’Eckart Tolle, Petit Traité de l’abandon d’Alexandre Jollien, ou L’Enracinement et l’ouverture de Jean-Yves Leloup.

Votre objet fétiche ? Le ciel !

 

CD & DVD

 

 

Reynaldo Hahn

Ciboulette

Laurence Equibley (direction), Michel Fau (mise en scène).

Avec Jean-François Lapointe, Julien Behr, Jean-Claude Saragosse, Guillemette Laurens…

1 DVD Fra Musica.

 

 

Claude Debussy & Gustav Mahler

Mélodies de jeunesse

Alphonse Cemin, piano

1 CD Aparté

 

 

Yes !

Œuvres de Honegger, Poulenc, Christiné, Ravel, chansons françaises…

Orchestre national de Lille, Samuel Jean (direction).

1 CD Deutsche Grammophon

N°304
MAI 2017

21, rue Bergère
75009 Paris
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Cadences est le magazine sur l’actualité des concerts de musique classique, opéra, musique baroque, musique contemporaine à Paris et en Ile-de-France diffusé gratuitement chaque mois à 50000 exemplaires aux entrées de concerts et en dépôt dans les lieux fréquentés des mélomanes. Il est aujourd’hui l’outil préféré des mélomanes parisiens avec son agenda des concerts, ses dossiers musicologiques et ses interviews d’artistes.

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