retour à la liste des articles de Cadences N° 302 - Mars 2017
PORTRAIT

Jean Rondeau

La musique plurielle

Jean Rondeau

EN 2012, À PEINE ÂGÉ DE VINGT ET UN ANS, JEAN RONDEAU DÉCROCHE LE PREMIER PRIX DU TRÈS RECHERCHÉ CONCOURS INTERNATIONAL DE CLAVECIN DE BRUGES AVANT MÊME D’AVOIR ACHEVÉ SES ÉTUDES AU CNSM DE PARIS. DEPUIS, IL A BRÛLÉ LES ÉTAPES, IMPOSANT DANS LE PAYSAGE MUSICAL UNE VOIX SINGULIÈRE, QUITTE À EMPRUNTER DE MANIÈRE JUBILATOIRE ET RAISONNÉE DES CHEMINS DE TRAVERSE.

Dans ce monde agité où le temps qui passe laisse peu de répit à la réflexion et à l’introspection, Jean Rondeau s’efforce de prendre de la hauteur en dépit d’une vie professionnelle prenante qui le mène de Bogota à Montréal, de Washington à Paris. Un premier disque au titre révélateur, Imagine, consacré au clavier de Johann Sebastian Bach, l’a tout de suite hissé sur le pavois ; un second aux relents hitchcockiens intitulé Vertigo confrontait la modernité de Jean-Philippe Rameau à la virtuosité débridée de Pancrace Royer avec une imagination sans cesse en éveil.

Couronné Révélation Soliste instrumental de l’Année aux Victoires de la Musique classique en 2015, il est instantanément entré dans la cour des grands. En fait, l’intérêt pour le clavecin date de sa prime enfance : « Je suis tombé amoureux de la sonorité du clavecin en l’entendant à la radio quand j’avais cinq ou six ans et, sans même connaître l’apparence de l’instrument, j’ai éprouvé une sensation instinctive, presque animale ; très vite s’est installée une relation intime qui ne m’a plus quitté. »

Un enseignement béni des Dieux

Un solide cursus acquis au Conservatoire Supérieur de Paris (basse continue, orgue, composition, direction de chœurs, études de piano…) l’a préparé dès l’adolescence à se confronter aux enjeux musicaux, mais c’est la fréquentation assidue de la grande claveciniste Blandine Verlet qui a contribué à façonner sa personnalité : « Paradoxalement, elle m’a beaucoup appris par ses silences et sa capacité d’écoute. Elle manifestait une grande humilité et son enseignement n’était pas que musical ; on peut même dire qu’il comptait davantage sur le plan humain. Blandine faisait preuve d’une grande honnêteté face à la musique, la questionnait sans cesse avec une liberté et une réflexion qui pénétraient mon inconscient. Aujourd’hui, je me rends vraiment compte de tout ce qu’elle m’a apporté. Elle attachait une grande importance à l’expression de l’articulation mais surtout à la manière de faire chanter le clavecin et d’entendre les micro-silences après chaque note. La base en somme de la réflexion sur l’interprétation. »

Au service de Bach et de ses fils

Au Théâtre des Champs-Élysées, Jean Rondeau proposera une sélection de trois concertos choisis parmi la centaine composée par la famille Bach et dont il fait la matière de son dernier enregistrement intitulé Dynastie : « La dynastie Bach a été particulièrement prolixe en matière musicale et il fallait opérer des choix en marquant par exemple l’évolution de la forme et du style à travers les partitions du Cantor et de ses fils. Johann Sebastian se montre plus proche du concerto grosso au clavier tandis que, chez ses fils, s’affirme une forme qui peut même préparer à la musique concertante de Mozart par le conflit entre clavier et orchestre de chambre et une partie soliste avec ses cadences plus développées. » Pour l’occasion, Jean Rondeau s’est associé à six autres interprètes qu’il connaît bien (deux violonistes, une altiste, un violoncelliste, un contrebassiste, une bassoniste) dans une approche concertante qui tient de l’esprit de la musique de chambre tel celui qui présidait à Leipzig au Café Zimmermann où Johann Sebastian jouait avec des amis : « Dans sa musique existe une confrontation entre la liberté et la contrainte, une conception spinoziste qui trouve sa résolution au concert après un travail assidu de recherche et de réflexion. Le projet des concertos pour clavecin est parti, comme d’habitude, d’une envie irrationnelle et spontanée avant de devenir un moment intense d’échange entre nous. Dans l’enregistrement, nous avons voulu mettre en valeur chaque partie : le clavecin n’a pas un volume sonore imposant et dans cette configuration on trouve un bel équilibre mais aussi beaucoup de chaleur et de subtilité. » 

Un refus de la spécialisation

La tête dans les étoiles mais aussi les pieds sur terre, Jean Rondeau n’entend pas suivre un chemin tout tracé. Outre ses activités de concertiste classique, il sort volontiers du répertoire baroque qui l’a fait connaître pour pratiquer le jazz et l’improvisation : « Les compositeurs de tout temps ont été des improvisateurs et j’imagine Johann Sebastian Bach capable d’élans avec la plus grande liberté. En fait, le concert n’est que la partie non cachée de l’iceberg. La musique constitue une partie intrinsèque de ma vie et dans une journée, je consacre un tiers de mon temps au clavecin, un tiers à l’improvisation et un tiers à écrire de la musique sans intention particulière de la voir publiée. » Loin des sentiers battus, on le retrouvera le 23 mai au Festival de Saint-Denis en compagnie du percussionniste Keyvan Chemirani dans le cadre des Rencontres Métis. Vient de sortir ce mois-ci le film Paula sur la vie de la peintre Paula Modersohn-Becker (1876-1907), réalisé par Christian Schwochow d’après le livre de Marie Darrieussecq et dont il a composé la musique – sans prétendre pour autant faire profession de cette activité, même si le hasard y a contribué. Avenue Montaigne, il sera aux commandes de son cher clavecin pour transmettre avec ses comparses toute la saveur jubilatoire de l’art du grand Bach et de ses descendants afin, selon lui « de retrouver la fraîcheur des origines que n’effraie aucune invention. »

 

Michel Le Naour

DU TAC AU TAC : 

 

Votre bruit préféré ? Le bruit 
du hasard.

Votre compositeur préféré ? Racine.

Votre livre préféré ? L’ivre mort d’Alain Bourmaud, Editions Ex Aequo.

Votre objet fétiche ? Un dessin 
de mon fils.

Le compositeur qui n’est pas reconnu 
à sa juste valeur ? Gilles Dor.

Un morceau de musique que vous emporteriez sur une île déserte ? « ique ».

 

3 CDs :

 

Imagine

Œuvres de Johann Sebastian Bach

1 CD Erato

 

Dynastie 

Concertos & œuvres pour clavecin de Bach & ses fils

1 CD Erato

 

 

Conversations

(avec Nevermind)

Œuvres de Jean-Baptiste Quentin & Louis-Gabriel Guillemain

1 CD Alpha

N°306
SEPTEMBRE - OCTOBRE 2017

21, rue Bergère
75009 Paris
01 48 24 16 97
contact@cadences.fr

Cadences est le magazine sur l’actualité des concerts de musique classique, opéra, musique baroque, musique contemporaine à Paris et en Ile-de-France diffusé gratuitement chaque mois à 50000 exemplaires aux entrées de concerts et en dépôt dans les lieux fréquentés des mélomanes. Il est aujourd’hui l’outil préféré des mélomanes parisiens avec son agenda des concerts, ses dossiers musicologiques et ses interviews d’artistes.

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