PORTRAIT

Douglas Boyd

Un chef naturel

Douglas Boyd

LA FORME OLYMPIQUE AFFICHÉE PAR L’ORCHESTRE DE CHAMBRE DE PARIS DEPUIS QUELQUES SAISONS EST LARGEMENT REDEVABLE À LA PRÉSENCE, DEPUIS 2015, DE DOUGLAS BOYD COMME DIRECTEUR MUSICAL. RENCONTRE AVEC UNE PERSONNALITÉ AUSSI INVENTIVE QUE CHALEUREUSE, MUSICIEN AUTANT QUE CHEF.

La réussite commence très certainement par une fine compréhension des enjeux. En ce domaine, Douglas Boyd semble d’une lucidité fort louable : « À Paris, notre situation est unique : nous sommes l’orchestre de chambre de la ville. Cela signifie que nous avons la capacité de jouer un répertoire allant de Purcell ou Bach à la création musicale, avec des effectifs qui peuvent être tout aussi bien un petit ensemble qu’un groupe de quarante-cinq musiciens – il y a donc une grande flexibilité. Néanmoins, notre pain quotidien, ce sont les partitions de la période classique et le fondement de notre travail consiste à trouver un style d’interprétation proposant au public d’aujourd’hui la musique de Haydn, Mozart et Beethoven. »

Selon la sagesse populaire, il n’y a nul hasard en ce bas monde et la Sainte Trinité classique a justement accompagné le chef écossais tout au long de sa carrière : « Dans ma vie antérieure, j’ai eu la chance incroyable d’avoir été le hautbois solo du Chamber Orchestra of Europe et cette musique était véritablement toute notre vie, en particulier avec Nikolaus Harnoncourt durant vingt ans et évidemment Claudio Abbado. En tant que chef, je dois me montrer vrai envers moi-même mais je dois avouer que j’ai acquis une quantité immense d’informations aux contacts de ces deux chefs. »

Exprimer les émotions humaines

Le fondateur du Concentus Musicus Wien, grand prêtre de la révolution baroque des années 70 avec Gustav Leonhardt, a profondément marqué Douglas Boyd : « Harnoncourt était passionnant car il possédait une connaissance incroyable de l’époque classique et y ajoutait de surcroît toute sa fantaisie. Je me souviens qu’il disait toujours : « Ce n’est pas un musée, nous devons donner vie à cette musique pour un public actuel ». C’est également ma propre conviction. Bien sûr, nous avons le devoir de trouver un style approprié et une manière juste de jouer, d’utiliser le vibrato ou encore la main droite pour les cordes, sans oublier le phrasé musical. Mais je crois en une certaine fantaisie car cette musique peut exprimer littéralement toutes les émotions de l’esprit humain. Là réside notre responsabilité principale. »

Comment un soliste d’exception, véritable pape de son instrument, en arrive-t-il à manier la baguette ? Pour Douglas Boyd, il ne semble pas qu’il y ait eu de « déclic » : « Je crois que j’ai toujours voulu diriger mais je suis heureux de m’être consacré au hautbois pendant trente ans auparavant. Avec le COE, je jouais une semaine sous la direction de Nikolaus Harnoncourt, la semaine suivante avec Claudio Abbado, puis avec Georg Solti ou Lorin Maazel ou Herbert Blomstedt. Je n’ai jamais reçu un seul cours de direction – peut-être devrais-je m’y mettre –, mais je recevais le plus fantastique des enseignements simplement en regardant ces grands chefs. Finalement, à l’âge de quarante-deux ans – j’imagine que ce fut là ma crise de la quarantaine, je me suis dit que si je voulais devenir chef, je ne pouvais plus attendre. Du fait de ma carrière de soliste, certains orchestres étaient prêts à me confier un concerto en première partie, puis la direction d’une symphonie en deuxième partie. À ma grande surprise – je peux bien l’avouer, ce fut un grand succès. On m’a alors proposé d’être le directeur musicale de la Manchester Camerata et de nombreuses portes se sont ouvertes par la suite. »

Respirer naturellement

Les mélomanes parisiens l’ignorent sans doute : Douglas Boyd officie également comme directeur musical du Garsington Opera, l’un de ces festivals lyriques nichés dans la verdure dont Albion a le secret : « Garsington constitue une charge très lourde. J’ai une saison de concerts s’étendant de septembre à avril, et ma saison à Garsington s’étend d’avril à juillet de chaque année. Pour le moment, je suis très heureux avec cette organisation. » La musique vocale ne recèle aucun secret pour Douglas Boyd et les saisons de l’Orchestre de chambre de Paris proposent année après année des événements vocaux d’importance : « Nous jouons chaque année dans la saison des Grandes Voix, et nous avons donné par exemple Les Saisons de Haydn pour notre dernier concert de l’année 2017, avant Noël à la Philharmonie. L’Orchestre s’est produit en fosse au Palais Garnier aussi bien qu’à l’Opéra-Comique. Pour moi, la voix revêt une importance extrême. Peut-être parce que j’ai été hautboïste, je me sens toujours à mon aise lors de mes collaborations avec des chanteurs : pour la voix comme pour le hautbois, le souffle est un élément fondamental. » Pour un orchestre tel que l’OCP, de telles collaborations s’avèrent, selon Douglas Boyd, extrêmement précieuses : « Elles permettent de travailler la souplesse d’un orchestre grâce à l’écoute qu’elles demandent face à la liberté – parfois excessive, il faut l’admettre – dont a besoin un chanteur. Un instrumentiste chambriste devient meilleur musicien quand il sait écouter ses partenaires, et c’est aussi le cas d’un orchestre. Ensuite, au contact des chanteurs, un orchestre apprend ainsi à respirer de manière naturelle, tout simplement. C’est un élément tellement important. »

Douglas Boyd éprouve-t-il la nostalgie des époques révolues ? Apparemment non : « En 2002, j’ai donné mon dernier concert comme hautboïste à la Cité de la musique de Paris avec Claudio Abbado, Anne Sofie von Otter et Thomas Quasthoff, dans des transcriptions de lieder et des symphonies de Schubert. Au terme de ce concert, j’ai rangé mon hautbois dans sa boîte et ne l’ai plus jamais ressorti. Cela est assez étonnant mais il ne m’a pas manqué. Il s’agit sans doute d’un cliché, mais j’ai maintenant un nouvel instrument, l’orchestre. J’ai mené une vie merveilleuse en tant que soliste, mais il y avait tout de même certaines limites. Au contraire, comme chef, le champs de possibilités est infini. »

Yutha Tep


DU TAC AU TAC :

Votre son préféré ? Le silence.

Votre compositeur préféré ? Haydn, parce que je travaille actuellement sur une de ses partitions. Demain, ce sera sans doute Bartók.

L’œuvre que vous auriez voulu créée ? Les Saisons de Haydn.

Le compositeur que vous voudriez promouvoir ? Peut-être Haydn, parce qu’il a besoin d’être joué avec beaucoup d’inspiration.

Votre livre préféré ? Homo sapiens : a brief history of humankind de Yuval Noah Harari. 

Votre métier si vous n’étiez pas musicien ? Footballeur mais il est trop tard, ou homme politique – mais je serais très malheureux en ce moment.

En quoi voudriez-vous vous réincarner ? En génie du football.

N°311
FÉVRIER 2018

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Cadences est le magazine sur l’actualité des concerts de musique classique, opéra, musique baroque, musique contemporaine à Paris et en Ile-de-France diffusé gratuitement chaque mois à 50000 exemplaires aux entrées de concerts et en dépôt dans les lieux fréquentés des mélomanes. Il est aujourd’hui l’outil préféré des mélomanes parisiens avec son agenda des concerts, ses dossiers musicologiques et ses interviews d’artistes.

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