retour à la liste des articles de Cadences N° 306 - septembre - octobre 2017
VOIX

Barbara Hannigan

Crazy girl

Soprano canadienne, Barbara Hannigan a également entamé une jolie carrière de chef d’orchestre.

RARES SONT LES CHANTEUSES CAPABLES DE DONNER SA PLEINE SIGNIFICATION À L’EXPRESSION DE « CHANTEUSE-ACTRICE » : CHEZ LA SOPRANO BARBARA HANNIGAN, CHAQUE NOTE PARTICIPE D’UN MÊME GESTE DONT ON NE SAIT PLUS S’IL EST THÉÂTRAL OU MUSICAL. NOUVELLE PREUVE EN CETTE RENTRÉE.

Unie à une technique vocale sidérante et à une facilité d’assimilation musicale incomparable, cette capacité à donner chair même aux ouvrages les plus abstraits explique très certainement la place capitale que Barbara Hannigan occupe dans la création musicale et les grandes partitions du xxe siècle. Mélisande bouleversante chez Debussy, d’une humanité confondante en Elle de La Voix humaine de Poulenc, elle s’est surtout révélée comme la Lulu de référence de ces dernières décennies depuis sa prise de rôle en 2012 au Théâtre de La Monnaie à Bruxelles. Pour la soprano canadienne, l’héroïne d’Alban Berg est devenue, au fil des années, comme une âme sœur : « Lulu est une personne extraordinaire que j’admire profondément. Je ne pense pas qu’elle soit folle : ce sont les gens autour d’elle qui sont rendus fous par Lulu. Nous avons cette femme, Lulu, qui se connaît elle-même et se revendique elle-même, assumant complètement sa sexualité. Pour les gens qui gravitent autour d’elle, se confronter à une personnalité si puissante est extrêmement dévastateur, parce qu’ils passent de la colère au désir, parce qu’ils veulent tour à tour se tenir à ses côtés et la rejeter. »

Les visages de Lulu

C’est autour de ce personnage fabuleux que la soprano a conçu son premier disque en tant que chanteuse et chef pour Alpha Classics. La présence, au côté de la Lulu Suite de Berg, de la Crazy Girl Suite de Gershwin (dans un arrangement de Barbara Hannigan elle-même en collaboration avec le compositeur Bill Elliott, qui en a également signé l’orchestration) pourrait surprendre mais cette étrangeté n’est qu’apparente : « Pour moi, il est très clair qu’une connexion existe entre Berg et Gershwin. Ils étaient amis, s’admiraient mutuellement et se sont rencontrés à Vienne au moment précis où Berg commençait Lulu et Gershwin son musical Crazy girl. Les thèmes sont très similaires et évoquent une période décadente tournée vers la danse, le cabaret, l’amour ou la liberté. Les deux compositeurs les traitent évidemment de manière très différente. Lorsque j’ai travaillé avec le compositeur Bill Elliott pour l’arrangement de la suite de Gershwin, nous avons décidé que cet arrangement aurait exactement le même instrumentarium que celui de la Lulu Suite. Plus encore : de même que, cachée dans la Lulu Suite, apparaît la vie privée de Berg, de même j’ai placé la vie de Berg dans la suite de Gershwin. Tout au long de cette suite, nous avons inséré des séries de sons et des rythmes renvoyant aux divers personnages de Lulu. »

Les liens entre les deux suites sont également dramaturgiques : « Dans la Lulu Suite, les personnages qui chantent sont Lulu et la comtesse Geschwitz, avec la même voix de soprano. J’ai créé comme un effet de miroir : la suite de Berg s’achève sur un chant de Geschwitz évoquant sa solitude alors que la Crazy Girl débute avec le même personnage, qui se demande pourquoi tout le monde est entouré d’amour mais pas elle. »

Débutant le disque, la fascinante mais redoutable Sequenza III de Berio, composée en 1966 pour Cathy Berberian, trouve en Barbara Hannigan une interprète en tous points digne de son illustre créatrice. Là encore, le lien dramaturgique est réel : « Son texte – Donne-moi quelques mots pour qu’une femme puisse chanter une vérité nous permettant de bâtir une maison sans nous inquiéter avant que la nuit ne vienne –, évoque pour moi une Lulu jeune. Dans l’Acte I de l’opéra de Berg, Lulu déclare qu’à l’âge de quinze ans, elle a eu la bonne fortune de séjourner à l’hôpital, loin des yeux des hommes, et durant ces deux mois, elle a appris à se connaître elle-même. Le texte de la Sequenza décrit, à mes yeux, Lulu sur le point d’atteindre cette connaissance de soi. »

Chanteuse et chef, un même souffle

Àla Maison de la Radio, Barbara Hannigan dirigera le Philharmonique de Radio France dans ce programme passionnant. L’occasion pour le public parisien de découvrir la chef d’orchestre dont la carrière connaît, ces dernières années, un essor décisif : « Mes débuts de chef se sont effectués ici, à Paris, au Châtelet lors du Festival Présences. C’était une idée de René Bosc, qui voulait que je m’y essaie pour un concert. Je ne me suis absolument pas dit que j’allais changer de carrière ! Les deux choses se nourrissent mutuellement. Il y a d’abord mon désir d’entrer dans le détail d’une œuvre, chose que je fais déjà en tant que chanteuse car j’ai l’habitude de lire une partition entièrement, pas seulement ma partie. Il est clair que désormais, comme chef, j’ai plus de responsabilité et j’éprouve un respect encore plus grand pour les bons chefs d’orchestre. Pour moi, l’élément qui réunit le chant et la direction d’orchestre, est le souffle. Un bon chef sait respirer et respirer, c’est justement mon métier. »

 

Yutha Tep

  

N°309
DÉCEMBRE 2017

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